Un blend "sur le tour" des restes de Maruni A-42-1 赤唐津土 et de 赤志
Voice of ceramics, 2kg, 赤土7号 (1-F-7) : lisse, rouille crue, aucun spécifique
赤志 (?) : rouge-chocolat, lisse, aucun spécifique.
Un reste de bizen E
Hakeme (shiro-kesho +funori) appliqué au pinceau de branches et d'herbes
Suite des tests de l'émail 3号石灰透明釉 en application épaisse puis encre au pinceau à la sortie du four : c'est définitivement une technique que j'aime et qui me correspond. Trois bizen-kannyu-idogata confirment que cette variation me signe.
Toute véritable création est-elle l'émergence radicale d'une forme nouvelle, inédite, ou bien n'est-elle qu'une variation combinatoire de formes passées ? La position philosophique, celle de Castoriadis, de l'émergence d'une nouveauté radicale, implique d'une façon ou d'une autre le ex-nihilo. Quand j'ai compris, via Spinoza, cette implication, strictement impossible à imaginer et dont je n'ai jamais fait l'expérience, il m'a fallu m'éloigner de Corneille qui m'avait pourtant formé intellectuellement.
Mon Bizen-Kannyu-Ido n'est qu'une variation, qu'une combinaison de nombreuses sources :
une première rencontre avec le kannyu au musée nationale de Taipeh, dans la section Song. Ces pièces n'auraient jamais dû se trouver là sans la folle histoire des trains secrets de Tchang-Kaï-Chek. Le kannyu symbole de fragilité interne, de blessures, et moi-peau du psoriatique.
une vibration pour les couleurs chaleureuses, les textures de falaise, l'aspect campagnard non-raffiné, l'absence de signature, la forme ouverte vers le ciel pour l'offrande, la grande taille des bols ido coréens. Leur lien, leur place (forcément number one), leur histoire dans la cérémonie du thé. Le fait qu'ils traversent des frontières et sont l'un des trésors du mitate. Qu'à ce titre ils symbolisent en quoi cette beauté doit traverser d'autres époques, d'autres frontières. Ce qui constitue le sens de mes jours.
la découverte improbable du magasin Shouzan à Inben via Matsui San et de la terre E原 (sans cette terre, rien ne tient) qui rend si bien double-cuite à l'électrique (totale hérésie pour les céramistes de Bizen).
mes tests systématiques d'émaux japonais et l'expérience du raku occidental, de l'enfumage et donc de la capacité à repérer l'existence de fissures dans un émail qu'on pourrait autrement laisser non contrasté.
la combinaison du tour électrique et du trimmage manuel (à la raku japonaise)
l'encre calligraphique et la capacité à oser l'appliquer chaud sur des pièces alimentaires parce que la propriétaire d'une galerie de Kyoto me révèle que c'est ce que fait l'un de ses artistes.
l'ensemble des compétences et des savoirs qu'il a fallu assembler pour être mis en contact avec ces sources (à commencer par le Japonais, les kanji).
une curiosité joyeuse inépuisable alimentant le devoir épuisant et ridicule du petit-garçon sommé à bien faire
l'arrière grand-père arboriculteur et le père ingénieur, le village et la cour, le fruste et le raffiné sans passer par la case "perfection".
la chance, l'accident et la sérendipité.
Cette variation raconte cette histoire. Boire dans l'un de ces bols, c'est entendre ma voix chuchoter cette histoire. Le Conte de leur CRM.
Pour enraciner davantage ce conte, j'ai décidé de nommer cette technique 松竹梅-shôchikubaï, le motif dont je m'entoure (jardins, objets divers) depuis plusieurs années : le bambou-竹 pour le 節-fushi, le nœud au milieu du pied, emprunté aux Ido; le 松-pin, pour la couleur et la texture de "pin rouge sous la pluie" que je recherche pour l'extérieur des bols; l'ume-梅, pour l'aspect bourgeon de fleur d'ume (prunier) blanc de l'intérieur du bol (sa lèvre interne et le blanc du kannyu).
Deux kuro (confirmation des beautés "taupe" de l'émail kuro d'Iwasaki).
Un blend avec du Karatsu de Mizu : bof
Un blend avec du kairagi de Togei en trempage : bof (et confirmation que seule l'application à la louche produit du kairagi avec cet émail)