037 - 19/03 : bol, bol pincé
Mon espace de travail a bien évolué : le canapé lit de la bibliothèque a laissé la place à une shimpo rk3e (moche mais si silencieux, puissant et pédale déplaçable) avec ses deux fabuleux add-on, une girelle (plus petite !) prééquipée d'écrous avec ses plaques en bois et un Giffrin Grip original - pas la copie chinoise vendue en France). Mur protégé par des planches de sugi au motif de sumi-e et boites plastiques masquées par des sudare. Cette pièce qui était jusque là froide est devenue chaleureuse et plaisante.
Matsui sensei vient me rendre visite demain et repartira avec des pièces qu'il pourra placer dans l'anagama d'un de ses collègues de Bizen pour une cuisson vers la fin du mois (le reste sera cuit dans son four en mai). Dans deux semaines, j'irai assister à un jour de feu dans l'un des anagama de son maître, Mori Tougaku, où se trouvent déjà quelques bols pincés début février. C'est un lieu où se trouve le seul "grand four" (85m !) en activité du monde.
La terre de Shigaraki Maruni A-87S-451 est vraiment difficile à tourner : toutes les pièces sont lourdes et non trimmables. La Bizen E原土, un nerikomi de 2 argiles (blanc / jaune), est facile et agréable à tourner. La Bizen noir F5 est très plastique mais contient différentes impuretés dont des - gros - morceaux de calcaire (?) blanc qui déséquilibrent une pièce au tour, et attaquent mains et outils.
Emaillage avec un 3号 (transparent de base pour 1200° au Japon) de chez Iwasaki, mélangé parfois avec du charbon broyé, pour l'intérieur de quelques pièces. Deuxième tentative avec du "Bidoro cendre de pin" APG-73 松灰ビードロ釉(灰系) en espérant qu'il y aura suffisamment de réduction pour produire le verre "vert". Mais l'essentiel des pièces ne sera pas émaillé pour tester la cuisson au bois de longue durée. Toutes sont biscuitées compte tenu du transport Kyoto/Bizen.
Point intéressant relatif à l'histoire, les modes et les techniques de cuisson : le renouveau céramique de Bizen au début du vingtième siècle, qui pendant un certain temps étant cantonné à la production de conduits, était associé à des pièces sombres donc fortement réduites. Depuis deux décennies, et sans doute lié au fait que cette esthétique des années 30 faisait vieillote, "grand père", les céramistes produisent des pièces plus claires donc sans réduction (ou alors accidentelle).
Un céramiste de Bizen travaillant individuellement avec un four de 20m le remplit avec environ 800 pièces (plusieurs milliers de petites pièces s'il vise un marché à petit prix). Sans compter le temps de préparation de la terre et du bois, il faut environ 3 mois pour créer ce volume. Ce qui implique deux feux par an.
