141-145 - 21/04/13 : kyusu, chawan
réussieExploration des kyusu (petites théières) en terre rouge, fine, compacte, sans émail (ancien achat de Voices of Ceramics puis trois terres prises chez Maruni dont A1 et A4M + "Kyoto small stock"). Cuisson à 1230° sans biscuit. À la sortie du four les pièces n'ont pas d'aji. Si on laisse de l'eau (même sans feuille de thé) dedans pendant quelques jours, des tâches noires apparaissent uniquement à l'extérieur qui font penser à une sorte de suie (cela s'essuie), pas vraiment un jus d'oxyde. Mais qu'est-ce qui peut survivre à 1230 et sortir ainsi ? Ces tâches créent une patine mettant en valeur les reliefs. Cela fait à la fois un peu sale mais beau. Comme une pièce jomon trouvée dans un champs.
En recherchant sur les kyusu japonaises, je suis tombé sur les informations précieuses rassemblées par Hojotea sur les céramiques de Sadogashima.
Il y est mention d'une technique de réduction en gazette avec du son de riz (nuka) à basse température dans une deuxième cuisson. Sur des pièces polies à nu (agate, cuillère en inox).
Un premier test à 1000° (avec un keep de 20mn) a donné des résultats vraiment chouettes qui font penser à une cuisson au feu de bois. Il reste du charbon de nuka mais les pièces sont devenues grises avec de beaux gradients rouges. Je suppose que pour une réduction plus complète il faudrait un keep plus long (plusieurs heures ?). Et peut-être 100° de moins. Je suppose que les pièces "rouge et noir" de Sadogashima que l'on peut trouver sur yahoo/auction utilisent cette technique en ne recouvrant qu'une partie seulement des céramiques de nuka.
Le nuka a produit des dépôts blancs en tâches, un peu comme du tartre mais qui ne réagit pas au vinaigre. Se brise et se ponce assez facilement.
Un second test à 1230° a été par comparaison décevant. Les pièces sont devenues marron pour les parties colorées (est-ce un effet d'avoir inséré une ancienne kyusu avec de l'argile de bizen qui s'est brisée pendant la cuisson) ? Pas de gris ni de noir. Plus aucun charbon de nuka dans la gazette. Dépôts blancs plus importants sur les pièces. Cette température est de toute évidence trop haute.
J'ai également créé des chawans avec ces argiles rouges non émaillées. L'extérieur décoré avec de petites branches d'un ume de mon jardin.
Ces pièces se rapprochent de mon idéal : rouge; chaleureux; au pied "galaxie shôchikubai" (spirale à l'intérieur d'une fleur d'ume à cinq pétales, avec un fushi de bambou et un rouge "akamatsu sous la pluie"); rough; terreux; humble; non dégrossi; paresseux; bouineux; masculin; cultivé; mâture; en chemin; sans signature.
Des pièces qui ne seraient pas "à la manière de". Mais qui immédiatement raconteraient une histoire. Non pas originale. Mais personnelle. Une beauté qui ne viendrait pas de leurs caractéristiques formelles ou techniques. Mais comme l'empreinte d'une âme limitée, sincère.
La gazette unique que je possède aujourd'hui ne me permet pas d'en cuire plusieurs à la fois. Il faut que je m'équipe en ce sens. Mais l'idéal serait d'avoir des fours (gaz, bois) me permettant d'explorer les surfaces de cuissons. Il faut un lieu pour cela...
J'ai toujours été sceptique sur les discours évoquant l'impact des céramiques sur le goût des thés. Pourtant, (effet placebo ?), j'ai cru noter que mes petites kyusus recuites à 1000° produisaient de notablement meilleures liqueurs sur mes oolong.








