BOURRELIER
Bourrelier n.m. (du patois "bohr ailweh" : bourre-ailier) désignant une profession
depuis longtemps disparue, créée par le célèbre duc de La Pacaudière vers 1732.
Celui-ci, grand amateur de spectacles extraordinaires, avait écrit une pièce en
douze actes mettant en scène pas moins de cent cinquante figurants - hommes et
bêtes - relatant l'épopée tragique des animaux de trait à la conquête de l'espace.
Dès les premières répétitions dans la grande salle de garde du château, non loin
de Nanteuil-le-Haudoin (Oise), il prit conscience dans une panique générale de
l'impossibilité de gérer les déplacements intempestifs des animaux. Il les fit donc
assassiner et embaucha des empailleurs pour les empailler, des horlogers pour les
équiper de mécanismes complexes et une équipe de manants particulièrement
doués pour de gros travaux de couture, du tout-venant qu'il a nommé "bourre-
ailiers" pour bourrer et assembler de grandes ailes de cuir et les coudre derechef
sur les flancs de ce qui allait bel et bien ressembler aux premiers automates sur
le marché à l'époque.
Tandis que le duc réécrivait la pièce et donnait des instructions à sa valetaille
pour coordonner tout le bazar, les bourre-ailiers peaufinaient leur technique,
mettaient au point les premiers systèmes hydrauliques montés sur vérins de
cèdre ignifugé en rivière et gainés de vessies de porc huilées à la graisse de truie.
Ils réalisèrent l'impossible et le 17 juillet de l'an 1731 (ou 32? selon Maître
Quimbert, biographe de la lignée de La Pacaudière) eut lieu le spectacle le plus
particulier qui fut donné en ces lieux.
Le Roi lui-même se déplaça pour voir évoluer des centaines de chèvres, de
chevaux, de taureaux, de porcs (très employé décidément, le porc, dans ce
projet...) flottant sous les hauts plafonds dans une subtile chorégraphie, le tout
dans un vacarme époustouflant : grincements, claquements, soufflements,
cliquetis et autres désagréments auditifs. Il en resta pantois.
Outre le fait de pulvériser la légende selon laquelle la première grande date de
l'aviation fut 1890 avec l'envol poussif d'un engin approximatif créé par Clément
Ader, le duc de La Pacaudière présenta au Roi esbaudi les valeureux bourre-
ailiers qui furent immédiatement élevés en corporation exonérée de dîme et de
toute taxe comprise pour les vingt ans à venir.
Malheureusement pour tout le monde, le duc cassa sa pipe quelques chevauchées
plus tard dans un banal accident de la route et les bourre-ailiers devenus
intermittents du spectacle au chômage se recyclèrent dans la confection de selles,
harnais, harnachements divers, ouvrant des échopes un peu partout alentour. (cf.
bourrelier, ière : artisan qui fabrique et vend des pièces de harnais etc...)
Une paire d'ailes magnifiques en guise d'enseigne et des rêves fous plein la tête,
l'ancienne corporation existe encore et ses membres se réunissent dans le plus
grand secret, travaillant à la libération prochaine des mammifères dans le sens le
plus large du terme.
Quelques animaux disparaissent dans le nord de notre pays depuis peu (voir
dépêche de l'agence afp du 11/8/01 sur le vol présumé de plusieurs chevaux de
course dans des champs et haras privés), une enquête est ouverte.
Pour tout renseignement pouvant mettre les autorités sur une piste, envoyer un
mail au sabirateur avant le lundi 26 novembre midi.
mais t'y es
Ecrire une anecdote (drôle, à contrainte, émouvante ou consternante) illustrant un métier ou qui ne pourrait avoir lieu que dans le cadre d'une activité professionnelle déterminée
Pour beaucoup, le bourrelier représente le vieux métier disparu, que l'on découvre
par temps de pluie, dans un écomusée perdu au fond d'un terroir vert.
Mais, dans les zones hippiques, cousant et débitant harnachements et selles, il
incarne avec le vétérinaire et le maréchal-ferrant, les activités artisanales
typiques générées par le pur-sang anglo-arabe.
Avant l'arrivée de la concurrence asiatique, Marcel Bourgeois, grand maître
cantilien, formait avec ces confrères une classe, qui fut accusée de se faire
facilement de l'argent sur le dos des chevaux, ce qui dans ce bourg, le liait aux
autres artisans.
Les historiens-statisticiens qualifient cette ancienne classe de bous-bous ; en
hommage au maître Bourgeois Bourrelier.
J'ai connu un bourrelier qui avait fabriqué un harnais pour que sa femme le tire,
car il n'en pouvait plus du contraire. Il se faisait tirer dans le village aux yeux de
tous, sans que personne ne prit ombrage du fait, jusqu'au jour maudit où une "
chienne de garde ", qui passait là par hasard à la recherche d'un sex-shop bio,
s'offusqua de cette atteinte aux droits de la Femme.
Elle lui fit un procès qu'elle gagna, et le bourrelier remisa son harnais,
abandonna le métier, divorça et s'adonna à l'alcool.
Il zonait à Paris depuis 3ans, quand il lut dans Paris Boum-Boum, l'annonce d'un
club sado-maso qui recherchait un bourrelier.
On l'engagea sur l'heure, et quelle ne fut pas sa surprise quelques mois après, lors
d'une soirée privée, de retrouver harnachée et lestement fouettée par des invertis
notoires en érection, la fameuse " chienne de garde " qui avait été à l'origine de sa
déchéance.
Il tomba amoureux d'elle sur le champ. Il l'épousa très vite, et le couple monta un
club sado-hard, " La Jument Verte "*, où parait-il, on y hennit de plaisir pour
quelques euros. Ils se fouettèrent heureux et eurent beaucoup d'infâmes.
*Ouvert tous les jours sauf le dimanche, gratuit pour les filles, alpinistes en tenue
acceptés.
PPP qui la bourre, lié !
FAIT DIVERS
Le bourrelier bourreau
Un bourrelier bourré demeurant rue du Bourg-Thibourg dans le4e
arrondissement de Paris bourra de bourras la selle qui était encours de
fabrication avec le boubou de sa femme ayant servi à l’étranglerquelques minutes
auparavant.
. « Cette bourriche me fiche le bourdon sans cesse àbourlinguer ! » « Je lui offre
des bourse-à-pasteur en bourgeon,je boursicote à fond pour lui payer son bouge en
Bourgogne où le labour glamourl’enchante, où l’on y danse la bourrée, et elle, que
fait-elle ? Elle semonte le bourrichon et se barre à Bourg-en-Bresse avec un
bourricot de lahaute, un bourge rabougri à la bourse pleine entretenant ses
bourrelets à coupde saucisses de Morteau et de tourteaux bourratifs Quelle
gourde !»
Mais la bourgeoise boursouflée par ses bourgeons gangrenéscommunément
appelés bourbillons, après avoir bu de la bourrache sans effet puisde la bourdaine,
et fait le tour du bourg en bourdonnant sous la bourrasquetelle une mouche dans
un bourbier s’exclame : « quelle bourdej
C'était un bourrelier particulier
Un peu enveloppé
Les bourrelets du bourrelier
Faisaient causer
Les particuliers du quartier
Toujours prêts à s'emballer
Ses procédés étaient un peu cavaliers
Il prenait rarement
des gants avec les clients
et ceux-ci faisaient ceinture
pour leurs exigences de diligence
toujours renouvelée
Il se murmurait tout haut
Qu'il travaillait du chapeau
Même sous son béret ;
Qu'il collectionnait des photos
Qui le montraient au boulot
Et qu'il appelait " Les instants tannés "
Il avait repris la boutique,
héritage d'un tonton
Surnommé " le roi du harnais "
vu son doigté unique,
Et perpétuait la tradition
Que son oncle incarnait.
Il était un peu incompris
N'était pas à l'abri
De viles moqueries
On l'appelait Banane
Ou pire Peau d'âne
Avec son cuir inférieur à l'âne normal
Un jour on le perdit de vue.
Une semaine après qu'il avait disparu,
On le retrouva pendu
Devant son idéal :
le palais du facteur Cheval.
Contrainte: utilisation exclusive des lettres du mot bourrelier.
LE BOURRELIER IRREEL
Le bourrelier irréel brùle le beurre.
Il le lie, le brouille, le roule.
Ouille ! Bourré, le roi Ubu le broie.
Béru, (oeil bleu, rieur), brille.
Le beri beri, réel lui, erre, rouillé...
J’ai longuement testé : Cocher Bourrelier Croque-mort aux Pompes funèbres
Quand je suis arrivé, c'était au mois de mars... J’ai été embauché comme
bourrelier pour la réparation des harnais des chevaux, notamment du dépôt de
Paris. Boulevard Richard-Lenoir, il y avait au moins vingt chevaux, sans compter
les dépôts de la Seine qui bien souvent m’envoyaient aussi du travail.
ça, je n’en manquais pas !
Avec moi, il y avait six cochers-corbillards et quatre palefreniers pour l’entretien
des bêtes et le nettoyage des écuries. Je m’occupais de l’harnachement... Les
brides, les licols, les colliers, on appelle ça les harnais " d’avant-main ". Ceux "
d’arrière-main ", ce sont les sellettes, les sous-ventrières, les surdos, les traits, les
croupières, les dossières...
Les attelages partaient très tôt le matin. Pour aller de la rue d’Aubervilliers dans
le quartier sud ou ouest de Paris, par exemple, il fallait une heure de route, au
moins, avant d’arriver sur les lieux du convoi. Il ne s’agissait pas d’être en
retard... Fallait prévoir !
Les chevaux, quand ils allaient par paire, il y en avait toujours un bon et un
mauvais. Les mauvais y s’usaient plus des cuirs, des vraies teignes pour certains.
Je me souviens de ceux qui arrivaient de Paris après une nuit dans le wagon : dès
qu’ils remettaient les sabots sur le sol, ils commençaient à se cabrer !
Il fallait les calmer d’abord, et puis, pour la cérémonie, les habituer au curé. C’est
drôle, hein ?
Ils devaient sentir la Mort, ces bêtes là ça mange pas de viande mais ça sait bien
quand elle est froide. L’un d’entre nous, un bourrelier aussi se mettait un journal
sur le dos, comme une étole, pour les faire avancer.
Un jour, j’ai croisé une jeune fille en robe de cuir, ça m’a rappelé l’odeur de mon
corbillard, en plus elle devait avoir ses périodes.
Les chevaux, il fallait aussi les acclimater à la musique.
ça, au début, c’était toujours un problème.
Ils y arrivaient finalement et ils marchaient en rythme. Les chevaux bien rôdés,
quand ils étaient devant l’église, ne bougeaient pas une jambe. Pour faire
démarrer le convoi après la messe, je n’avais qu’à siffler un petit coup et c’était
parti.
Ils allaient au pas vers le cimetière, mais à peine en ressortait-on, qu’ils se
mettaient au galop ! Les cérémonies, les chevaux, ils les connaissaient par coeur...
J’aimais bien voir mes peaux bien astiquées. Quand je suis passé cocher pour les
suivre mieux, je pensais toujours à la bourrellerie pour que ça progresse encore.
Mais quand j’ai vu les automobiles arriver, ça a été un vrai crève coeur.
Vous savez, l’époque des convois où les gens suivaient à pied, c’était beau. Pour le
décor, c’était mieux que maintenant... Le caparaçon, les aiguillettes, la livrée à la
française, le bicorne ou le haut de forme... Ah oui ! C’était cher, la première
classe. Mais c’était beau. C’est ce que je regrette le plus... avec l’odeur de la sueur
quand les cimetières sont en colline.
Première classe : Corbillard à galerie argentée, à impériale à cinq plumets avec
dôme étoilé... attelage à quatre chevaux et deux valets de pied - Drap mortuaire
en velours parsemé d’étoiles... tenture de la façade comprenant : bandeau à
franges, à torsades et galonné d’argent... Draperie à l’antique... écusson brodé
avec chiffre... palmes brodées... ". C’était chouette comme tout.
Le service ordinaire : Corbillard simple sans garniture ni housse, attelé d’un
cheval noir, cocher en tenue de deuil... Le service ordinaire est exécuté
gratuitement sans supplément avec drap noir ou blanc pour les indigents
adultes...
Bon, faut que tout le monde ait un dernier endroit sinon ça fait des fous.
Dans les premiers temps, je gagnais 100 francs par mois. Ce n’était pas lourd !
J’étais là depuis deux mois, quand on m’a proposé d’acheter une action de la
société. C’était 100 francs ! Tout mon salaire ! Je n’avais pas assez. Pourtant,
cétait intéressant parce qu’en tant qu’employé, je pouvais avoir une action
gratuite en plus, non revendable. ça allait vite pour les bénéfices ! Je me suis dit
que j’avais tort.
Pour l’argent, je me suis débrouillé.
J’ai acheté une action, et elle a fait des petits...
Ca m’a aidé par la suite à joindre les deux bouts, pour un bourrelier, vous me
direz, c’est normal mais je ne vais pas prendre ce jeux de mots naze à PPP.
Des fois j’aidais le croque mort. J’aimais bien voir les gens se regarder entre eux
par dessous, je faisais des paris pour savoir qui avait tué qui et qui allait hériter.
Comme j’aimais pas les cordes, j’amenais toujours mes sangles en gros cuir de
percheron avec encore les poils dessus. Y a des femmes que ça excitait.
Question : bourrelier-cocher-croque-mort, c’était quoi ce métier bizarre ?
- En 1930, on commençait dès quatre heures du matin, on descendait le courrier
avec le landau à deux chevaux qui servait à transporter les fleurs. Les fleurs en
plus, ça tache les harnais. Parce qu’il faut vous dire qu’on ne faisait pas que les
Pompes, on faisait le taxi.
Q : Comment ça ?
- Avec les chevaux des Pompes ! Et les voitures-taxi de l’époque. On conduisait le
client, on demandait 6, 8, quelquefois 10 francs et 40 sous pour les malles quand
les gens ne donnaient pas la pièce...
Q : Et votre service, à quelle heure le preniez-vous ?
- à sept heures. Nous avions trente chevaux à Auxerre. Je me souviens d’un à qui
je devais toujours mettre un filet.
Q : Pourquoi ?
- Parce qu’il mordait ! Et pas seulement quand il avait faim ! Tout le temps ! ça
faisait désordre pour un convoi. Alors, je faisais attention. Mais vous savez, il n’y
pas que les chevaux qui mordent.
Q : Qu’est-ce que vous voulez dire ?
- Eh bien, c’est une histoire qui remonte à bien avant la guerre, on faisait les
convois avec Nénesse, le caÏd de la cathédrale.
Q : Nénesse ?... C’était le curé ?
- Oui, c’était son surnom. Et il avait le sang chaud. Un jour, on remontait rue de
Paris, en passant devant un boulanger, il y avait un gamin qui nous regardait,
sans saluer la croix... Nénesse lui a mis une claque !
Q : Oh !?!
- Ah, c’était un caractère... Remarquez, il a jamais recommencé ! Il a dù se
confesser après. Mais, vous savez, on ne badinait pas avec le respect, à cette
époque là !
Ah oui, une autre fois les plats de nouilles des chats du cimetière Montparnasse !
Parlez-m’en ! Un jour, je donnais la main pour décharger et j’ai mis le pied
dedans ! Quelques instants plus tôt, il avait plu à verse, et la nouille sous la
semelle, ça fait à peu près le même effet que la peau de banane... Heureusement
qu’il y avait des gravillons. Enfin, ça dépend où...
Un autre jour, cela se passait à l’Institut médico-légal, pour une mise en bière. Je
ne me rappelle plus si le défunt était portugais ou yougoslave, je ne voudrai pas
dire de bêtises... Mais, tout ce que je sais, c’est qu’il était dans la coutume, pour la
famille, de déposer plein d’objets dans le cercueil... Ils passaient avec une paire de
chaussures, des sous-vêtements, des paquets de cigarettes, comme pour
accompagner le mort dans la vie éternelle. Lorsque l’une des personnes de
l’assistance a voulu placer un portefeuille plein de sous, j’ai dù intervenir. On n’a
pas le droit. - Mettez un portefeuille vide, c’est pareil...
Hélas... Enfin, bref. On y a mis encore un couteau... Et puis, un réveil ! J’ignore
qui est le plaisantin qui a remonté ce réveil, mais dans l’église, en pleine messe, il
s’est mis à sonner ! Les gens ont regardé le cercueil, médusés.
Puis, ils se sont entreregardés et le fou rire à duré plus d’une heure.
Quoi vous dire de plus, hein ? Sinon que dans ce genre de situation, il faut
toujours garder son sérieux...
Ah oui encore, une fois dans une église, je m’avance pour prendre le goupillon...
Un goupillon ancien modèle, hein ? Car je faisais les choses avec vraiment
beaucoup de dignité. Tout à coup, voilà la boule qui s’en va et roule à terre. Vous
savez ce que c’est qu’une boule ! Tout le monde, à chaque rang, essayait de la
récupérer, et elle partait, et elle partait !
Il y a eu des rires étouffés... Faut dire que le gars, il s
scieur de long
Les scieurs de long travaillaient en scierie, mais en forêt aussi, autrefois. Ils
travaillaient à deux, un sur le tronc et un dessous qui tirait la scie. C’était un
travail dur et mal payé, comme le sont souvent les travaux pénibles. A Grwycz,
dans les scieries c’était mécanisé, avec une chute d’eau ou même un moteur
comme on voit dans le film [i] Les Grandes gueules [/i] de Robert Enrico, avec
Bourvil. ça se passe dans une scierie des Vosges. C’était Alain Delon qui devait
jouer le rôle du méchant mais il avait un tournage à Damas, et c’est Lino Ventura
qui l’a remplacé. [i] Le sieur Delon travaillait en Syrie. [/i]
On lit, sans scie. D’où la réputation d’illettrisme de cette vénérable profession des
scieurs, surtout de long. En mil trois cent vingt trois, un mardi après midi, alors
que l’horloge du village venait de sonner trois coups, Antoine et Gontrand
s’arrêtèrent un instant pour reprendre des forces. Antoine, c’était celui qui portait
sur le crâne une boule de cheveux roux, tout frisés, tandis que Gontrand, plus
modéré en toutes choses, on le reconnaissait à Mais à quoi le reconnaissait-on,
dites-le moi ? Pour ma part, je ne pouvais jamais me souvenir de son nom, ni des
traits de son visage et pas davantage du son de sa voix. L’odeur, peut-être, encore
qu’à côté d’un rouquin, et malgré sa répugnance pour quelque décarpillage que ce
fùt, il ne faisait pas le poids. Ils sciaient, donc, matin et soir, pour le compte du
comte de Malvenu, un seigneur ni meilleur ni pire que la plupart de ses
congénères. Antoine, souvent sentencieux avec une teinture de fatalisme, répétait
à chaque occasion : - On peut pas dire que le comte est bon, mais le comte y est.
Quant à savoir ce qu’il signifiait au juste par là Ils n’arrêtaient guère de scier,
toujours de long, sauf lors des pauses édictées par saint Dika. Ainsi que l’a
finement observé La Fontaine : et monsieur le curé de quelque nouveau saint
charge toujours son prône. Et c’est ce mardi, à trois heures passées, que survint
un événement incroyable. On vit apparaître à l’orée du bois car ce bois n’en avait
qu’une une petite fille de rouge vêtue du bonnet aux chausses. Gontrand, dont la
vue ne performait plus comme naguère, s’écria : - Tiens, mais c’est le petit
poucet ! Et Antoine de s’esclaffer. A quelques pas de l’enfant, un loup, poil luisant
et œil vif, marchait à pas de loup, justement. - Et ça, c’est l’ogre, probable ?
Ironisa-t-il. Le petit chaperon rouge, car c’était elle, s’enquit : - Ma grand mère,
c’est par où ? Car à folâtrer parmi les fougères et les fraises sauvages, elle avait
fini par s’égarer, comme le lui avait prédit sa mère. Et Dieu sait si elle avait un
don pour la divination. - Tu finiras dans l’estomac du loup ou sur le trottoir,
serinait-elle à sa jeune enfant qui, n’ayant encore jamais fréquenté la ville,
ignorait jusqu’au sens du mot trottoir ; mais son orgueil la retenait de poser la
question. Aussi se voyait-elle expirer dans une sorte de champ de courses, sous les
roues d’un sulky. En attendant cette issue, ou une autre, elle trouvait que le
mieux à faire était de gambader, écouter les groupes anglais (la guerre de cent
ans menaçait) et s’amusait par dessus tout à montrer au loup sa culotte, rouge
bien sùr. - Ta grand mère, dit Antoine, c’est à droite après le deuxième chêne,
puis, dès que tu arrives en vue des marronniers, à une heure, et là, tu y es. Tango
charlie hotel alpha oscar. - Pas du tout, intervint Gontrand, tu suis le chemin qui
sent la noisette - Et depuis quand, les noisettes, elles sentent, je voudrais bien
savoir, môssieur ! Sans se laisser troubler, le scieur poursuivit : - . Jusqu’à la
fontaine et là, tu verras la maison de ta grand mère. - Ouais, s’écria la petite fille
en cueillant une nouvelle fraise des bois. Je vois ce que c’est ; vous n’en savez rien.
Et elle s’éloigna en courant. Le loup survint à jeun, et demanda à son tour s’il
n’existait pas un raccourci pour rejoindre le logis de ladite aÏeule. Même, comme
il était un peu snob, il demanda « un by-pass to Granny ». cette fois, les deux
compères tombèrent d’accord. C’est ainsi que le carnassier arriva, hors d’haleine,
dans la maison d’un garde chasse qui, par bonheur pour lui, était provisoirement
absent. Il en profita pour en faire voir de toutes les couleurs à Connie, une
mignonne allumeuse qui traînait là. Elle s’en montra plutôt satisfaite et, au
retour d’Oliver Mellors, sut le persuader de laisser la vie au quadrupède, pour des
parties carrées. Alors, Antoine et Gontrand se remirent à scier, de long.
Merla
Se prendre pour le nombril du monde, c’est un métier ! Il n’y a que le Sieur Delon
pour parler de lui à la troisième personne et se croire le meilleur acteur de l’ex-à
gones comme on dit à Lyon. Un sacré Sieur que l’Alain, toujours à l’heure, si
heure il y a pour se pavaner tel un paon de la rivière Kouaille. Bel gueule sans
doute, mais pas bricoleur pour une rouble. A l’heure de l’apéricube, son beau-père,
le Sieur Debois, le morigénait toujours en ces termes : - Mais scie en long
bellâtre ! Tu feras les côtés après. Le Sieur Delon plantait son regard bleu à scier
dans le monocle du beau-père qui, à la mi-temps, n’en menait pas large. L’après-
midi, il allait jouer avec Sian Lon, un camarade cambodgien fraîchement
débarqué de Prô Vhins, qui lui apprenait à rire debout le plus loin possible, et ce
sans les mains. Malgré sa petite taille Sian Lon, riait à cinq mètres, sans
éclabousser ses chaussures. Après ils allaient tous les deux au cinéma, mais Sieur
Delon, trouvait toujours les films dans lequel il ne jouait pas, détestables. Son
avis était laconique et sans appel : Chiant, long ! Maintenant, on dit d’un mec très
chiant et long du torse : - On dirait Alain Deloin ! - Mais non, c’est Belmont de
Dos! répond le cinéphile qui à vu Borsalino. PPP Arzé mais t’y es !
Au temps du cinéma muet, dans l'argot Hollywoodien, on désignait ainsi la
personne chargée par les responsables des Studios de couper dans un film jugé
trop long pour une exploitation normale. « Couper des séquences entières dans les
films pour les ramener à la longueur que voulait le Studio, c'était un boulot assez
inavouable il faut dire. Les monteurs se défilaient tous, alors les gars qui le
faisaient étaient souvent des réalisateurs sans travail ou des ratés. Un des plus
célèbres était un Français qui était venu aux USA avec Charles Pathé. Il adorait
balancer des scènes entières à la corbeille. Il a d'abord travaillé pour Universal où
on lui a demandé de raccourcir "Folies de Femmes" d'Erich von Stroheim. Il a
coupé la moitié du film et ça a tellement plu au Studio qu'Irving Thalberg lui a
redonné un film de Stroheim en 1924 : "Les Rapaces". Quand le réalisateur a vu
le résultat, il a failli avoir une attaque. Je crois que ce type était resté très anti-
allemand. Il appelait Stroheim le "uhlan dégénéré" et il jouait aux fléchettes sur
une de ses photographies. La colonie française l'avait surnommé le "scieur de
long" parce qu'il travaillait vraiment comme un bùcheron. Du coup, nous, on s'est
mis à parler des "features sawyers". Ces types étaient tout puissants croyez-moi.
Quand on les croisait, on baissait la tête en priant ne jamais les avoir sur notre
film. » Raoul Walsh, Entretiens avec B. Tavernier
Dans la scierie séculaire de M., Hugo, le scieur de long, avait toujours fini de
travailler après la scieuse de large, Muguette, et si au début il avait reproché à
dame nature d’avoir décrété que ce qui est long est toujours plus long que large,
donc plus vite scié pour un sexe plus faible, pour parler concrètement le langage
de la pauvre vie d’un scieur, l’aménagement modeste et pauvre de son lieu de
travail lui montra vite les avantages qu’il pouvait tirer de cette situation : son
labeur terminé, en l’absence de vestiaires, Muguette n’avait pas d’autre choix que
de se dévêtir dans la scierie. C’était ça ou le froid Le patron de la scierie n’avait
trouvé aucun invonvénient à ce délicat effeuillage suivi d’une gauche floraison.
Bien au contraire, il avait remarqué qu’ils avaient pour effet pour d’accélérer le
travail d’Hugo qui, sentant ce qu’il sentant, mettait tout son cœur à l’ouvrage
pour ne pas connaître une matière plus douce que le bois, de peur de perdre
savoir-faire, goùt du travail et travail tout court. Mais une nuit, c’est-à-dire du
jour au lendemain, Muguette devint vieille comme si un mystérieux événement
avait fait trembler toute sa peau. Elle ne voulut rien dire de cette mystérieuse
transformation, ne laissant à voir à Hugo qu’une lenteur quasi-délictuelle
associée à une peau criminelle, c’est-à-dire ridée et fripée. Le patron de la scierie
nota vite que, pour éluder l’effroyable dénouement du déshabillage de Muguette
ainsi que toute vision susceptible d’y emporter son imagination, son scieur de long
mettait un temps fou à achever son travail : il avait encore trouvé dans ce dernier
un refuge pour ne pas voir mais, contrairement à avant, ce qu’il voulait ignorer ne
lui donnait plus aucune énergie. Le pire était néanmoins à venir, car cette
tristesse rendit le jeune et bel Hugo lui aussi très vieux. Et dire cela n’est pas
encore faire état du pire du pire, que seule la déontologie du conteur oblige à
révéler : tout le village de M. se mit à vieillir comme si les murs avaient pu avoir
des yeux, leurs yeux Le village de M. fut donc saisi d’une terrible sénilité qui
ralentit son activité. Le facteur n’était plus apte à passer deux foix, la virilité du
boulanger était aussi disparue que sa femme, les gendarmes jouaient aux voleurs
pour pouvoir dire qu’ils couraient aussi vite qu’eux Et nécessairement, le tragique
événement tant redouté arriva : il y eut un décès. Pour Hugo et Muguette, il y eut
même un second terrible événement : scier le bois nécessaire au cercueil de ce
disparu Ils s’y attelèrent les larmes aux yeux mais, plus ils pensaient à cette
personne qui n’était plus, plus leurs corps rajeunissaient. Il ne leur fallut donc
que songer à leurs propres morts pour enfin se jeter dans les bras l’un de
l’autre...Ainsi que dans les jambes, pour pouvoir avoir beaucoup d’enfants JA
(Numéro 2 dans la série des métiers) Scieur de long Un scieur de long Voulait
prendre le large Scier six heures c’est long Mais il allait au charbon. On le prenait
pour un barge ? - Le bois coupé sent bon Certains jours au salon Il marchait de
long en large Et pensait se tirer pour de bon Il se disait pourquoi donc végéter
dans le découpage quand on rêve d’attractions Oui, le scieur de long n’en menait
pas large tout en plissant le front Il n’était pas de bois, non Il était heureux en
ménage Et sa femme un vrai canon Et il rêvait numéro d’illusion Spectacles scène
et voyages Dans la grande tradition Un jour rien ne tourna rond Un mauvaise
présage Une étrange impression Elle dans le placard du fond Son amant de
passage Caressait ses nichons Le scieur ne fit qu’un bond Il attrapa sa femme
volage Et la découpa tout en long Lui qui rêvait à profusion de planches pour tout
paysage Se retrouva au violon L’huile de coude a du bon Et le scieur en cage se
joua la grande évasion On le retrouva après prescription Alors qu’il vivait en
marge Plongé dans la méditation Comptant une journée par bâton Dans les
arbres, les branchages On l’appelait le baron
Vivement les trente-cinq heures disait le scieur de long, c’est dur de scier du
chêne pendant six heures de long, surtout qu’avec six jours de boulot par semaine,
ça fait trente et six heures passées à scier du long. Si au moins d’temps en temps
on m’faisait scier du large, ça m’changerait les idées, m’éviterait de d’vnir barge.
Arrête-donc de te plaindre, si tu étais comme moi un cireur de melons tu boss’rais
cinquante heures et chôm’rais hors-saison, c’est pas toujours marrant mais
j’habite Cavaillon ! Si ton boulot est dur tu peux toujours changer, il y a des
formations, tu passes le Céhapé de plieur de vestons, de chanteur de d’mi-tons, de
souffleur de tisons, de trieur de marrons, de prieur de réponds, de diseur de
soupçons, ou d’avaleur de thons. Mais je dois te prév’nir il faut faire attention, il y
a un vieux métier qui gagne un peu d’pognon, mais je te l’déconseille, c’est le
pilleur de troncs.
Avec des scies ? Mais, sciez ! Au fin fond du Brésil, deux indiens démunis, furent
contraints sans aide mécanique, à débiter leurs grumes fraîchement abattues
encore sèvinolentes. Suant, le ventre creux et harcelés par les insectes également
expropriés, nos compères découpaient les cadavres qui ombrageaient auparavant
leur territoire fraîchement acquis par des sylvestricideurs assoiffés de profit.
Ecorcer, et sans un puits sciant du matin au soir des bastaings, c’était leur destin
jusqu’au jour où piqué par un pentamère dérangé au venin anesthésiant le scieur
perché dérapa et s’empala sur une branche saillante qui perfora l’artère fémorale
à zéro centimètre cinq de l’aine. Il mourut en se vidant de son sang, ce qui
déclassa les planches promises aux salons de jardin concurrents des anciennes
tables en polyester et formica. Ce bois finit en allumettes et cure-dent, mais
s’éteignit en sonnant un signal de révolte. On évoqua les premières lors d’un
incendie ayant ravagé le siège de la compagnie Buch et ron, tandis qu’un des
seconds, poutre d’amuse-gueule causa le décès du ministre responsable de la forêt
qui l’engloutit au cours d’un cocktail d’honneur donné par le syndicat des
exploitants forestiers.