025 - 18/11/11 : bol
ratéeJe suis désormais totalement indépendant pour créer de la céramique dans la maison de Kyoto. Vendredi, sous la pluie, m'a été livré le four électrique (Shimpo dub-05, un cube de 1m3), installé sur le pallier de l'escalier du jardin. Il aura fallu avant, résoudre les problèmes de livraison et d'installation d'une prise électrique : le Japon fonctionne en 110V, le four en 200V. Ce modèle, parce qu'il reste sous la barre des 5kW ne requiert pas un abonnement électrique spécifique.
Pour un petit four de ce type, sept personnes étaient présentes le jour-dit : le marchand, le représentant du four, trois livreurs, l'électricien, et Nishiwaki San, mon sauveur régulier capable d'organiser efficacement ce type d'opération. Au préalable, plusieurs pré-visites, pour "mesurer et s'assurer", de la part des différents intervenants : c'est le Japon. Tous les menuisiers sont aujourd'hui occupés par les réparations du Typhon 21 de septembre et je vais donc bricoler une solution temporaire pour l'auvent devant protéger le four.
Ce four permet de cuire une quinzaine de bols sur deux étages. Il me servira essentiellement pour le biscuit (et donc au moins le double de pièces si on les empile). Peut-être pour des tests à 1200-1300°. Car la première cuisson de ce jour a confirmé qu'il n'est pas adéquat pour les types de bols que je cherche actuellement : l'ouverture supérieure, l'espace dont je dispose, et les deux niveaux ne permettent pas une sortie des bols après quelques minutes de cuisson à 1000°. Le caractère homogène de la cuisson électrique et le refroidissement lent qui donne un aspect vitreux à l'émail retirent tout caractère aux pièces. Je vais recuire au charbon les quelques bols (aka raku de luxe + émail aka raku-charbon) qui sont sortis sans intérêt cet après-midi.
Presque tous les bols étaient collés aux plaques alors que j'avais pourtant pris soin de retirer l'émail des pieds : l'émail "aka raku" est donc super fluide à 1000° et le fait qu'il refroidisse lentement dans ce type de four le fige.
L'existence de ce poste céramique désormais complet est un luxe inouï que je souhaite partager. L'un des piliers de la beauté japonaise est la cérémonie du thé. La cérémonie requiert des instruments (bols, mizusachi, kensui, futaoki, furô, assiettes, cha-ire, vases). Rares hors Japon. Et difficiles d'accès même à Kyôto si l'on veut éviter le mauvais-goût et le hors de prix. Si l'on veut aider à diffuser la beauté japonaise, il faut donc que des céramistes occidentaux créent des instruments de thé pour les proposer au public non japonais. Que les céramistes puissent tester les terres, les outils, les émaux disponibles ici, en s'inspirant de pièces visibles ici. Tout céramiste visiteur qui voudrait faire quelques tests pendant son séjour à Kyôto peut me contacter pour cela. Si l'affinité est là, je serai heureux de mettre à disposition mon matériel pour aider concrètement à diffuser la beauté que j'aime et voir émerger une beauté inédite de notre temps.

