kuma

an 1

021 - 18/10/19 : bol, ido chawan

mitigée
lieu japon · kyotofour électrique (four d'un ami)températures 900°cuisson biscuitmatériaux tpasta (terre blanche) comparé · molochite mentionné · chamotte · A-53-1 三号赤楽窯変土 · A-87S-451 枯紫香楽土 comparé · n°78 土耐熱土 赤 (terre à nabe rouge) prévutechniques tournassage, lissage aux pierres poliesoutils kanna, pierres polies, tournette, tour électriquepièces bol, ido chawan

Le retour à Kyôto me permet de prendre conscience des différences entre les matériaux accessibles à un Japonais et à un Français. Les argiles vendues ici sont de bien meilleure qualité. Aucune n'est vendue avec chamotte. Impossible de trouver l'équivalent de la t-pasta (t-material). Impossible de trouver de la molochite. Et je n'ai pu mettre la main que sur un seul type de chamotte, blanche (d'argile non spécifiée), un peu trop fine à mon goût.

Le magasin Maruni de Shigaraki propose de petites quantités d'argile d'exception pour raku rouge. Il pourrait s'agir d'une terre de Seto désormais épuisée. Le prix fera frémir mais je souhaitais vraiment tester cette argile qui produit (dans l'exemplaire de démonstration) une couleur très proche des raku de Chôjirô : A-53-1 三号赤楽窯変土 5kg, 10 000 yens (le prix moyen est entre trois et cinq milles yens pour 15kg). Compte tenu de ce prix, j'ai bien sûr passé beaucoup plus de temps sur chaque bol et donc le nombre de pièces créées ces dernières semaines est restreint. Je n'ai pas encore trouvé la technique qui me convient pour les lèvres.

La terre est d'un beau jaune olive, grasse, plastique. Et comme par magie, quand on la tournasse, elle laisse apparaître des "points noirs" qui ressemblent à de la suie puisqu'ils sont gras et s'étalent, mais aussi à du métal. Les effets de marbrure produit par ces points (qui n'apparaissent pas si on ne touche pas la terre après sa mise en forme) peuvent être modulés de façon très différente suivant ce que l'on utilise pour travailler ses points :  le pouce, la paume, un couteau, des pierres polies. De façon fortuite, j'ai découvert que des pierres polies différentes qui apparaissent pourtant uniformément lisses produisent des effets différents : l'une patine l'argile sans étaler les points noirs, l'autre, probablement plus dure et plus rugueuse, étale les points en formant de longues trainées. On peut alors jouer avec le sens d'application de cette pierre pour créer des lignes horizontales, verticales, diagonales, courtes ou longues.

Au séchage, cette terre se rétracte moins qu'une autre argile trouvée à Shigaraki qui elle est conçue pour être magnifiée dans un four à bois. Cette argile est la A-875-451 de chez Maruni. Elle est difficile à travailler : elle sèche très rapidement et contient de gros grains (de feldspath ?) qui rendent le tournassage très délicat : elle abime les lames mais surtout les gros grains peuvent facilement créer un trou quand on en fait tomber un. Cette argile a pourtant un caractère, une texture qui sont les marques distinctives de la céramique de Shigaraki.

Les outils au Japon sont de bien meilleure qualité qu'en France. Les tournettes de base sont lourdes avec des roulements et une inertie qui permettent des effets de tour. Mais surtout les "kanna" non seulement sont affutées et tranchent (certaines plus que d'autres suivant les magasins), mais proposent des formes spécialement adaptées pour la création de chawan qu'on ne trouve pas en Occident. Je ne pourrai pas créer de bols sans les deux outils sur la photo suivante.

Mes deux objectifs principaux étant des raku rouges - et - des ido-chawan, je poursuis ma pratique (désastreuse, déprimante) du tour électrique. L'argile onéreuse pour raku rouge m'a pourtant permis de comprendre à quel point certaines terres se prêtent à certaines formes : deux bols ido se sont montés tous seuls sous mes doigts sans effort ni échec. Idem pour le tournassage. Ma tâche est donc de trouver la terre (probablement un mélange : plastique - grains - ocre) qui me permettra de retrouver cette sensation. Il est possible que j'utilise de la terre à Nabe rouge (aka-nabe-do, 赤鍋土) comme base : j'ai appris par hasard qu'elle pouvait être utilisée pour du raku japonais. Il s'agit de la terre normalement prise pour créer des nabe, de grandes marmites en terre cuite placées sur un réchaud à gaz, contenant bouillon, légumes et différents ingrédients et qui constituent le repas familial fréquent des soirs d'automne et d'hiver. Ses qualités sont liées à son utilisation.

Le four électrique d'un ami que j'utilisais jusqu'à présent est trop grand pour me permettre de tester de petites séries. Et mes deux mini-fours à charbon dans lesquels on ne peut cuire qu'un seul bol à la fois ne permettent pas de gérer des biscuits. Je suis donc sur le point de commander un petit four électrique suffisant pour des séries de 10 bols. Je n'ai trouvé sur aucun catalogue japonais de four "raku" (à l'occidental) propane (façon fût-fibre). Ni les pièces et produits pour en créer un.

Cette cuisson n'est donc qu'un biscuitage à 900°C : j'étais impatient de voir la couleur cuite de l'argile "raku rouge" (que j'ai appliquée en badigeon - ou en essuyant mes mains sales - également sur des pièces montées avec d'autres terres).

Les résultats en terme de couleur sont à première vue décevants : la raku rouge a perdu tous les effets de motifs des points noirs (surcuisson ?). Ne subsistent que des points blancs qui ressemblent à des grains de feldspath. Le rouge n'a pas le côté chaleureux que je recherche. Il apparaît un peu banal. Il faudra voir ce qu'il donne sous l'émail transparent que je compte appliquer. Peu de rétractation en taille à la cuisson. La terre de Shigaraki cuit totalement blanc.

L'absence de caractère de la couleur rouge est liée aux endroits que je n'ai pas tournassés. Pour révéler les points blancs qui donnent une texture à la pièce, il faut donc vraiment tournasser cette terre sur toute sa surface. Seuls deux bols de cette fournée ont cette chance.

Prochaine étape : tests en cuisson individuelle dans les mini-fours à charbon.

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