002 - 18/04/14 : bol, tsutsu chawan
ratéeLe premier test du four à charbon (conçu pour une cuisson à 900°C, il existe un autre modèle pour 1230°C) a apporté son lot d'enseignements précieux :
Le magasin où j'ai acquis le petit matériel d'appoint (sceau, boites, briques, shichirin, etc) ouvrait tard et le temps d'installer l'équipement dans le lieu le plus sûr (le plus éloigné de toute matière inflammable dans toutes directions, y compris vers le ciel), il était déjà midi alors que la météo laissait présager de la pluie dans l'après-midi. La hâte, le léger stress d'un premier feu autodidacte, m'ont conduit à une erreur de débutant : ne pas faire suffisamment sécher le bol de test, non biscuité, que j'avais émaillé le matin (avec un mélange "transparent 900", "blanc 900" et "terre jaune"). Il a bien sûr explosé lamentablement au bout de dix minutes. Leçon : prévoir de chauffer sur le shichirin pendant suffisamment de temps (2h ?) le bol, avant la cuisson (ou avoir un dispositif dans la maison juste pour cette opération de séchage que je pensais court-circuiter en anticipant que le four monterait doucement en température).
Impossible de remplacer la pièce par une autre qui aurait été dans un état similaire. J'ai donc décidé de recuire le bol "shigaraki" et un petit tsutsu chawan que je n'avais pas émaillés suffisamment lors de la première cuisson et que j'ai ré-enduits le matin avec la même recette ("transparent 900" et "terre jaune"). Un autre stress contextualise ma seconde erreur : le four au charbon était promu comme "sans fumée". Or depuis l'allumage, une fumée blanche et une odeur caractéristique trahissait mon opération et je m'attendais à voir surgir à tout instant dix camions de pompier de Kyôto, sirènes hurlantes, appelés par un voisin anxieux. J'ai placé avec précipitation le tsutsu chawan dans le four. Il semblait toucher le couvercle. Sans le moindre souci de logique, je le retournai, le couvercle ne semblait plus alors peser sur lui. Soulagement : la fumée (provoquée par les allume-feux ?) ayant disparue après vingt minutes, je n'osais pas changer le dispositif en craignant de faire chuter la température et de n'obtenir aucun résultat pour ce premier test alors que j'étais arrivé à la conclusion évidente que le bol retourné allait nécessairement coller à son support. Une heure après l'allumage, alors que la pièce apparaissait rouge-orange (un pyromètre commandé sur ebay - au Japon ils sont hors de prix - doit arriver dans dix jours), je décidais de tenter le retournement du bol. Retournement impossible. Je le sors, l'enfume, le noie, lui et sa base siamoise. Et insère le "shigaraki" dans le four à sa place. Pour éviter de faire du bruit et diffuser des cendres chaudes, je décidais de ne pas utilisé le souffleur qui aurait permis de remonter le dispositif en température. J'avais retenu l'information que ce four (livré sans notice) était conçu pour qu'une fournée de charbon cuise un bol unique en deux heures. Le premier bol "collé" sorti après soixante minutes était donc sous-cuit mais l'émail avait eu le temps de fondre. Sous-cuit, l'émail "transparent 900" produit une teinte verte sombre qui transforma l'orange clair de la première cuisson en un marron-bordeaux-gris. J'ai pu ultérieurement détacher le bol de sa base (il a perdu quelques millimètres dans l'opération) et après avoir poncé le bord, la pièce est désormais utilisable.
Le bol shigaraki avait chauffé sur le dessus du couvercle du four depuis l'insertion du précédent. Mais il ne restait pas suffisamment de charbon et l'ouverture du couvercle signifiait qu'atteindre les 900°C était impossible alors que le ciel devenait de plus en plus gris. L'émail a pourtant fondu partiellement, en perlant et créant un kairagi blanc, épais.
Leçon : le même émail peut produire du blanc (intéressant), du vert (trop sombre pour mon objectif), du transparent (sans intérêt). Un petit four à charbon permet de contrôler et de tester ce paramètre ce que n'autorise pas un grand four électrique qui reste fermé au moins trente heures une fois qu'on l'a lancé.





